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Message par jp le Sam 6 Juin 2009 - 15:33

C'est un monde d'une abondance, d'une dimension, d'une variété inimaginables que s'efforcent de faire revivre les 200 scientifiques réunis, du 26 au 28 mai à Vancouver (Canada), pour une conférence sur "la vie des océans au temps passé". Un monde disparu, où les côtes de Cornouailles étaient fréquentées par des orques, des baleines bleues et des requins, où, au large de la Nouvelle-Zélande, les baleines franches étaient trente fois plus nombreuses. Où pêcher des poissons de 2 mètres de long était la norme.



Les données présentées à Vancouver font partie du Census of Marine Life,un projet de recherche international lancé en 2000 dont les résultats doivent être publiés en 2010. Son objectif est de recenser un maximum d'espèces sous-marines, leur abondance et leur distribution passée et actuelle, afin de servir de référence pour l'élaboration des politiques de protection. Des centaines de scientifiques originaires de 80 pays y participent.
L'étude du passé donne une perspective radicalement nouvelle sur le niveau d'exploitation actuel. Les séries statistiques utilisées aujourd'hui pour évaluer l'état des stocks ne remontent jamais avant les années 1950. "Ce faible recul biaise la perception, explique Andrew Rosenberg, l'un des responsables du projet, chercheur à l'université du New Hampshire, aux Etats-Unis. Les points de référence sont beaucoup trop bas. Ce que l'on sait de l'état des océans il y a deux cents ans montre que leur productivité a énormément baissé. Les stocks se sont effondrés de 90 %, parfois plus."
Pour remonter le temps, des biologistes, mais aussi des historiens ou des archéologues ont travaillé sur des sources originales : fossiles, textes littéraires et documents iconographiques, documents personnels, livres de bord, registres de douane, archives ecclésiastiques - certaines églises percevaient des taxes sur les prises -, et même photographies de trophée.
Une étude menée en Nouvelle-Zélande a démontré une chute dramatique de la population des baleines franches australes : entre 22 000 et 32 000 individus étaient présents autour de 1800, contre 25 femelles en 1925. Aujourd'hui, grâce à l'interdiction de la chasse, la population compte un millier d'animaux. M. Rosenberg a estimé à 400 000 tonnes la biomasse des cabillauds au large de la Nouvelle-Angleterre il y a cent cinquante ans, alors que les objectifs actuels de restauration du stock sont fixés à 30 000 tonnes seulement. En étudiant des photos de trophées de pêche prises à Key West (Floride) entre 1956 et 2007, Loren McClenachan, de l'institut océanographique Scripps, a mis en évidence une division par dix du poids des prises.
Ces recherches permettent aussi de mieux connaître l'évolution des techniques de pêche. Des références mentionnent l'utilisation de filets de pêche par les Romains au IIe siècle. En Europe, un basculement de la consommation de poissons de rivière à la pêche en mer a eu lieu autour de l'an mil. L'innovation technologique a permis de s'aventurer au large à partir du milieu du XVIe siècle. Dès cette époque, l'impact de la pêche s'est fait sentir par une diminution de la taille des poissons et de la variété des espèces prises.
PROLIFÉRATION DES MÉDUSES
Les premiers effondrements importants de stocks ont eu lieu dans les deux cents dernières années et présentent des caractéristiques devenues familières. Dans la première moitié du XIXe siècle, l'effondrement du hareng en Europe a provoqué une prolifération de méduses, signe d'une altération du milieu marin. Au large de Terre-Neuve, des chercheurs ont montré l'existence, dès le XIXe siècle, d'un mécanisme bien connu aujourd'hui : surpêche, épuisement du stock, ciblage sur de nouvelles zones et de nouvelles espèces, épuisement, et ainsi de suite.
Cependant, les recherches n'ont pas mis en évidence des disparitions d'espèces, et plusieurs exemples prouvent l'efficacité des mesures de protection. "Au début du XXe siècle, certains oiseaux ou mammifères marins étaient au bord de l'extinction, explique Heike Lotze, de l'université de Nouvelle-Ecosse (Canada). Leur chasse et leur pêche ont été interdites. Ces efforts ont porté leurs fruits. Ils repartent. Mais le processus est très lent, et les effectifs ne reviennent jamais au stade antérieur."
Selon M. Rosenberg, envisager de revenir aux niveaux ancestraux d'abondance "n'a pas de sens". "Mais si on laissait le milieu se reconstruire et si on le gérait de manière durable, les pêcheries pourraient atteindre une productivité bien plus grande que ce que nous imaginons, affirme le chercheur. En pêchant moins, nous pourrions être gagnants."
Aujourd'hui, la flotte mondiale est en forte surcapacité, et le nombre de stocks surexploités ou épuisés (environ 30 %, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) est en augmentation.
jp
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